J'ai pratiqué l'art-vidéo sous la forme d'installations, travaillant sons et images avec la même passion. Puis c'est la peinture qui m'a accaparée. Ma première exposition a eu lieu en 1994. 
L'art m'a permis de vivre dans ce monde de décérébrés. L'homme étant la plupart du temps inconscient de son pouvoir bienfaiteur, il a cette habitude de se croire et de se comporter en prédateur de son environnement. Enfant j'avais le pressentiment que ça finirait mal, adulte j'espère secrètement que ça s'arrangera. Bon, est-ce que j'y crois vraiment ?

J'ai souvent résidé à la campagne où je m'épanouis plus sûrement. C'est depuis ce refuge que mon monde intérieur s'est développé.

En 1993, je terminais ma cinquième année de beaux-arts avec une oeuvre d'art-vidéo qui traitait de la déforestation en Amazonie. Je me suis intéressée à ces peuples de la forêt parce-que de par ma nature, je me sentais en affinité avec eux. J'ai regardé des heures de documentaires, lu quantité de livres d'anthropologues, à la fin j'étais en symbiose avec eux, et, à mon petit niveau, je ressentais l'importance d'éveiller les gens avec mon art, à ce sujet insupportable qu'est l'inexorable destruction de l'Amazonie. Question qui en dit long sur notre propre déconnexion vis à vis de la Terre. Le jour d'ouverture de l'exposition, j'apprenais que la tribu Yanomami à laquelle je m'étais consacrée, venait d'être massacrée par des chercheurs d'or. Cette synchronicité m'a frappée parce-que l'ensemble de mon travail m'avait été inspiré en rêves, dans une sorte d'urgence, comme si je "devais" réaliser ce travail prémonitoire. A ce moment précis mon engagement prenait tout son sens.
Cet événement a bouleversé ma vie.

Si cette oeuvre m'a valu la reconnaissance de mes pairs, j'ai su que faire carrière n'était pas le coeur de ma motivation. Autant les contingences actuelles de réussite sociale , de mise en avant de soi me sont indifférentes, autant je trouvais du sens à l'existence à me préoccuper de ce qui m'entourait. Donc, il y avait beaucoup plus important à ce moment-là : partir en Amazonie, rejoindre ce peuple auquel je me sentais connectée . L'ethno-musicologue Xavier Bellenger m'en a dissuadée; à tort ou à raison, j'ai abandonné ce projet.

Les 10 années suivantes, en quête de sens, je me suis installée près d'une forêt, j'ai expérimenté la simplicité volontaire: mettre en place une autonomie alimentaire, vivre au plus près de la nature, être dans le partage. J'ai accueilli et accompagné des personnes en situation de handicap, et entre autres choses, ensemble nous avons peint. C'est elles sûrement qui m'ont fait renouer avec la création.

Aujourd'hui je suis peintre coloriste à tendance figurative. Je collabore avec quelques galeries. Mes toiles sont peuplées de personnages aux yeux trop grands  ou trop bleus. On ne sait pas ce qu'ils ont à dire mais ils sont un réconfort pour mon âme. 





 
REPERES

Peintre, artiste-vidéo. Vit et travaille près de La Rochelle (Charente Maritime).

Née à Paris en 1969. 
Diplômée des Beaux-Arts en 1993. 
Diplôme de Réalisatrice en Image Composite, Ecole des Beaux-Arts de Poitiers

Expositions personnelles et collectives à partir de 1994. 
Lauréate du Prix du Jury au Festival Vidéo Art Plastique d'Hérouville St Clair
Lauréate du Prix Spadem - Aide à la Jeune Création


Oeuvres d'art-vidéo diffusées chez Heure Exquise, Centre International pour les Arts Video. 

Peintures présentées chez GALERIE EUGENE/ 53000 Laval






Sophie BARTHELEMY - La Forêt des Vivants, 1993, installation-vidéo