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# Pensées et autres soliloques


# Une quête d'absolu (l'impossible perfection) ...

Maîtriser les techniques, dompter la matière, évoluer dans l'espace cadre avec aisance, tout cela s'acquiert en pratiquant. 
Il n'y a pas de secret, la peinture exige un travail continu, soutenu, et de la patience.  Plus qu'apprendre, il faut désapprendre, étape par étape, pallier après pallier. Se défaire des accoutumances, des grandes certitudes, des à-priori et des croyances, des facilités. Il faut provoquer des accidents, casser détruire et même effacer, remettre des couches ou encore enlever, projeter la peinture de façon aléatoire, bref provoquer l'inconnu.
D'abord, vous êtes impuissant devant ce chaos – le non-forme- incapable d'y répondre, comme aveugle et insensible à ce qui est là d'informe, mais qui s'exprime pourtant, qui était au-dedans de vous peut-être, et qui demande maintenant à prendre vie sur la toile. Vous voilà ignorant d'un coup, à vous demander si vous êtes peintre ou alors plus rien, plus personne, tant ce qui se passe est nouveau, vous est étranger. Vous n'êtes même pas sûre de pouvoir aller plus loin. Vous venez d'oublier qui vous êtes, qui vous étiez ou vouliez être.

Tous vos désirs, votre histoire, votre personnalité-même qui transpiraient tant dans vos toiles, vous semblent insignifiants, inintéressants, tellement egocentrés!  ​Mais pourquoi avez-vous peint jusque-là?
Alors une sorte d'amnésie soudaine vous saisit, un vide abyssal, un état de non-être et de non-vouloir, sans direction et sans objectif. Vous frôlez le renoncement total ou la folie. Peut-être la mort en quelque sorte. Vous êtes morte une première fois.

Le peintre donc vit sur un fil ténu. Parce-qu'il crée, il est dans la vie. Il sent dans son corps l'énergie que la peinture mobilise. Mais parce-que la vie est renouvellement, quelque chose doit mourir en lui.
Et puis la vie n'est pas limitée. Cette affaire -la peinture- si on sait quand elle commence en soi-même, on pressent qu'elle ne finira jamais. Elle continuera au-delà de vous. Quand je parle de patience, je parle de ça: de l'aventure dans laquelle vous vous êtes lancée, et d'autres avant vous. De toutes les réussites auxquelles vous êtes probablement déjà parvenue, mais qu'il va falloir casser avant d'en générer d'autres. Certes vous pouvez reproduire vos réussites, les faire fructifier même si le coeur vous en dit. Vous ne rencontrerez que de piètres satisfactions. Satisfactions esthétiques, congratulations éphémères... Le peintre est mû par une quête insatiable qu'il porte en lui, dont il ignore peut-être jusqu'à la nature-même et le sens. Quête de beauté? Qu'est-ce qui est beau, qu'est-ce qui ne l'est pas? De vérité? Tout n'est-il pas vérité? D'équilibre? précaire, aléatoire. De perfection? Existe-t'elle?
Qu'importe ce qu'il essaie d'y mettre puisque même la motivation en lui est fluctuante.
Je le répète, la vie est un renouvellement permanent. La peinture n'échappe pas à cette loi.
Alors pourquoi chercher la perfection?
Février 2012, à l' Atelier

 
 
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