Lundi 7 octobre 2019
de l'éphémère


Un jour, un grand peintre de ma connaissance me tint à peu près ce langage " si vous voulez assurer la pérennité de votre oeuvre, vous devez utiliser un meilleur matériel...votre acrylique ne tiendra pas dans le temps, ce n'est que du plastique! du très bas de gamme, et tout le monde peint avec ça maintenant, quelle HONTE! NON rien de mieux que les techniques des anciens: pigments, liants préparés par soi-même.. Les gens ne savent plus travailler ainsi, un ramassis d'incapables!"

Tandis que ma tête acquiesçait pour ne pas contredire le maître, tout mon être prenait le large. Car s'il y a bien une ambition que je n'ai pas, c'est celle de la pérennité de mon travail.
Mes tableaux disparaitront et je n'en ai aucune émotion. Aussi vrai que seul compte le moment présent, l'expérience de la créativité, éphémère, est la seule chose valable à vivre à mes yeux. Enfin dis-je.

...et après elle, d'autres moments de créativité, d'autres tableaux à faire venir.
Il n'est d'aucun intérêt pour moi de les garder, de les entreposer, car l'état intérieur qui les a générés est déjà passé. Tout est éphémère en ce monde à commencer par les inspirations, alors pourquoi garder trace de ce qui n'a plus lieu ? Pourquoi ce besoin de survivre à sa mort?

je parle du point de vue du créateur, pas de celui qui regarde qui, lui, va projeter dans cette toile quelque chose de lui-même, qu'il reconnaît, qui lui fait du bien. Et ça je respecte. Quand le spectateur s'empare du tableau, le fait sien, c'est une autre histoire qui se raconte .  

Je n'ai pourtant jamais contredit le maître, qui est parti,  et ses oeuvres lui survivent entassées dans une pièce sombre. Personne n'y touchera mais elles rappellent à ceux qui l'ont connu qu'un homme vécut là, à préparer ses pigments, besogneux et tendu vers un idéal de fou.

 

 
 
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